L'école expérimentale

Dans le sillage de La Première Colonie, Léa Drouet et Camille Louis ont commencé à imaginer un dispositif horizontal et réciproque d'échange des savoirs. Afin d'interroger en un chiasme esthétique et politique les mondes de l'enfance et l'enfance des mondes, les deux artistes veulent inviter les savoirs de celles et ceux qui, invisiblement, « petitement », inventent des mondes ainsi que les structures capables de les soutenir. Enfants, adolescents, « troublés » psychiquement et dans les comportements, communautés d'exilés, de personnes issues de l'immigration et autres dites « minorités »... : ils et elles sont les groupes génériques dont on parle, les singularités que l'on n'entend jamais réellement parler. « La société normale » veut leur apprendre à bien parler, à bien s'intégrer, à bien fonctionner dans un système prétendu sain mais dont la maladie éclate aujourd'hui plus que jamais et, sous ce vouloir, elle piétine les savoirs et les saveurs de monde qui pourrait nous redonner santé.

L'école « anormale » que nous souhaitons ouvrir dès 2022 souhaite, elle, prendre comme enseignant.e.s toutes celles et ceux à qui l'on prétend enseigner, que l'on veut former, redresser, normaliser. Elle est expérimentale en ce qu'elle part des expériences, de ce que les vécus éprouvés forgent comme connaissance de l'immonde et comme résistance au nom du monde. Elle l'est aussi dans sa forme qui, pour être fidèle à la singularité des langages et des manières de voir, de faire, de sentir, de rêver... invités, se reconfigurera à chaque nouvelle session. Plus qu'une « classe » toujours déjà organisée dans ses places, ses hiérarchies taboues et connues, plus qu'un cours toujours trop borné dans sa durée, nous imaginons les rendez-vous de l'École comme de longs weekends ponctuant l'année et opérant des connections avec la programmation l'Atelier 210 où elle démarre. Ce lieu est aussi pris comme un espace d'expérimentation, de première mise à l'épreuve de l'École dont nous aimerions que le mode de fonctionnement puisse se reproduire ailleurs, dans d'autres espaces accueillant la création de la première colonie ou ses suites.

Le format exact des week-ends n'est quant à elle pas « formalisable » à l’avance, du fait de son bougé permanent. Il se conçoit toutefois selon deux modalités complémentaires : un espace-temps d'expression et de transmission de savoirs singuliers confié à « l'enseignant », qui pourra le faire dans les formes qui lui conviennent (parole, dessin, geste, déplacement dans la ville, carte mentale...), ainsi qu'un temps de mise en pratique partagé au sein duquel les écoliers plus ou moins grands pourront se ressaisir de ce qu'ils ont reçu, le prolonger à leur manière et, ensemble, travailler aux traces comme à l'inscription nouvelle d'une mémoire partagée. Celle-ci ne tient dans aucun manuel mais elle se trouve au creux des mains abîmées dont les stries, les « bobos », les rides ou les courbes vivifiantes seront les sillons que l'école expérimentale et tous ses participants suivront. Humblement, petitement...

L'École expérimentale se déroulera sur deux ans, de octobre 2021 à décembre 2023. Cest un projet soutenu et accueilli par l’atelier 210. Cest un cycle de cinq week-ends annuels de cours encadrés par Camille Louis et Léa Drouet. Les élèves et les professeurs changent à chaque cycle.